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Sam Langford, ce boxeur mis K.O par le racisme. Coup de projecteur

Sam Langford est considéré comme l’un des plus grands boxeurs de l’histoire de ce sport et pourtant il n’a jamais remporté le titre suprême de la discipline, à savoir celui de champion du monde des poids lourds. Pas parce qu’il n’avait pas le niveau, au contraire. La raison de cet échec est liée à sa couleur de peau. Portrait d’un champion vaincu au poing par le racisme.

Trop noir pour la gloire ? Jamais Sam Langford n’aurait pensé que sa couleur de peau lui ferait défaut dans sa carrière sportive. Né en 1984 à Weymouth Falls, en Nouvelle Écosse, il perd sa mère alors qu’il n’a que douze ans. Il se retrouve alors seul, face à un père violent et décide de quitter le domicile familial pour rejoindre, seul et à pied, les États-Unis. Arrivé à Boston, Sam Langford est embauché pour s’occuper de l’entretien de la salle de boxe du Lenox Athletic Club. C’est là que tout commence. Le Canadien enfile, pour la première fois de sa vie, des gants de boxe. Il affronte des boxeurs expérimentés qui viennent s’entraîner et peu à peu, il attire l’attention du propriétaire du club, Joe Woodman, qui devient son gestionnaire et l’aide à lancer sa carrière.

Sam Langford, au milieu, en noir et blanc, chemise blanche, sourrire léger, casquette ancienne sur le côté droit
Sam Langford a été sacré champion d’Angleterre, d’Australie, du Canada et du Mexique. Crédit photo : Bibliothèque nationale de France

 Une carrière tronquée par l’injustice …

En 1901, Sam Langford remporte le championnat amateur de Boston dans la catégorie des poids plumes à seulement 15 ans. Un an plus tard, il fait ses débuts en professionnel et affronte Jack McVicker. Résultat : victoire par KO. C’est le début d’une carrière prometteuse. Dix-huit mois plus tard, en décembre 1903, le Canadien monte sur le ring pour tenter, déjà, de décrocher un titre en poids légers. Face à lui, Joe Grans, champion de la division et premier boxeur afro-américain à remporter une ceinture mondiale. Malgré sa petite taille (1 m 71), Langford frappe très fort et vient à bout de Grans en 15 reprises. Problème. Au moment de la pesée, le Canadien pèse plus que la limite autorisée, fixée à 61 kilos dans cette catégorie. Il se voit donc retirer la ceinture. Un premier coup du sort, qui va en amener d’autres.

Le 5 septembre 1904, Sam Langford affronte Joe Walcott, champion des poids mi-moyens. C’est la découverte d’une nouvelle catégorie de poids pour le Canadien. Après un combat très disputé de 15 rounds, les juges optent pour un match nul à la grande surprise du public. « La décision des juges a profondément mécontenté les spectateurs », rapportait, à l’époque, Arthur Lumley, rédacteur en chef du New York Illustrated News qui assistait à cette rencontre. Le journaliste est même allé jusqu’à dire que Sam Langford « aurait dû être déclaré vainqueur ».

Au cours de sa carrière, Sam Langford aurait pris part à 600 combats, amateurs et professionnels. Crédit photo : L’encyclopédie Canadienne

… et contrainte par le racisme

En avril 1906, le Canadien enfile les gants pour affronter Jack Johnson avec la volonté de décrocher, à l’issue, un combat pour le titre mondial dans la catégorie poids lourds, une chose qu’on lui a jusque-là refusé. Au 20e siècle, la ségrégation raciale est omniprésente aux États-Unis. Les promoteurs et combattants blancs, refusent catégoriquement d’intégrer des boxeurs de couleur noire dans les différents circuits mondiaux. La raison : ils ont peur de se faire battre en public par un peuple qu’ils jugent « inférieur » à cette époque et que cela mette fin à cette « suprématie des blancs » dans le sport.

Malheureusement, Jack Johnson vient à bout de Sam Langford en 15 reprises. Le rêve du Canadien, de combattre un jour pour le titre mondial des poids lourds, s’éloignent encore un peu plus, jusqu’en 1908. Cette année-là, ce même Jack Johnson, devient le premier boxeur noir à décrocher le titre suprême de la discipline. Langford entrevoit alors l’opportunité d’obtenir un combat, face à lui, pour tenter de remporter la ceinture mondiale.

« Je ne veux pas me battre contre cette demi-portion qui a sa chance contre n’importe qui. Je suis le premier champion noir [des poids lourds] et je serai le dernier ». Jack Johnson, en 1908, sur la possibilité d’affronter Sam Langford pour le titre de champion du monde des poids lourds.

Mais, de peur de perdre son titre Jack Johnson tombe, lui aussi, dans une forme de discrimination. « Je ne veux pas me battre contre cette demi-portion qui a sa chance contre n’importe qui, lâchait à l’époque le boxeur américain. Je suis le premier champion noir [des poids lourds] et je serai le dernier ». Coup de massue pour Langford qui se voit, à partir de là, attribuer le surnom « Boston Tar Baby », une expression à connotation raciste.

Résumé du combat de Sam Langford contre Jim Flynn.

Langford dans l’ombre jusqu’à la fin

En 1910, l’espoir renaît une énième fois lorsque Stanley Ketchel accepte de l’affronter pour le titre de champion des poids moyens. Le combat très disputé et serré jusqu’à la dernière reprise se solde par un match nul. Tout le monde s’attend alors à l’organisation d’une revanche. Le « remake » n’aura pourtant jamais lieu. Moins de six mois après cette rencontre, Stanley Ketchel est assassiné. Nouveau coup du sort pour Langford, qui a décidé de se battre jusqu’au bout, contre ces barrières raciales, quitte à mettre en jeu sa santé.

Sept ans plus tard, le Canadien perd l’usage de son œil gauche lors d’un combat contre Fred Fulton. Malgré cet handicap, il continue de se battre. Il devient champion du Mexique dans la catégorie des poids lourds en 1923. Pour sa dernière apparition sur un ring, en 1926, Sam Langford est contraint d’abandonner. Il est incapable de voir son adversaire. La boxe l’a rendu aveugle. Un an avant sa mort, en 1955, il est intronisé au Panthéon des sports canadiens et au Hall of Fame du Magazine Ring Boxing. C’est la première fois qu’un boxeur qui n’a jamais décroché une ceinture de champion du monde obtient cet honneur. Une maigre consolation que Sam Langford n’aura même pas pu voir de ses propres yeux, dégradé par la boxe. Une discipline qui l’aura « mis à l’ombre ».

Le saviez-vous ?

Aux 19e et 20e siècle, les blancs employaient énormément de qualificatifs raciaux pour décrire les personnes de couleur noire. Dans le sport, de nombreux surnoms discriminants étaient donnés. Sam Langford se faisait appeler « The Boston Tar Baby ».

« Tar Baby » est un terme raciste utilisé pour désigner de manière stéréotypée et déshumanisantes les personnes noirs en les assimilant à la couleur du goudron. Cette expression viendrait d’un vieux conte de l’Oncle Rémus. Dans ce dernier, un personnage de goudron piège une personne par simple contact, d’où aussi une connotation de « problème collant ».    

Julien Vossenat

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Salut, moi c'est Julien Vossenat. Je suis rédacteur en chef chez Hors Caméra. Je réalise également des vidéos et des podcasts pour ce média.

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